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La 35e édition du FAP est ouverte!

Cette édition portera sur les deux problématiques suivantes:

I. La course à l’intelligence artificielle : progrès pour l’Humanité ou danger pour l’avenir ?

Longtemps cantonnée aux récits de science-fiction, l’intelligence artificielle s’est imposée en quelques années dans notre quotidien. Des assistants conversationnels aux systèmes d’analyse de données, elle transforme notre manière de travailler, de communiquer et d’accéder à l’information. Dans le domaine médical, elle peut faciliter l’analyse des données et accélérer la recherche [1] ; dans les transports, elle améliore l’automatisation [2] ; dans les sciences et l’industrie, elle ouvre de nouvelles possibilités d’innovation [3]. L’IA apparaît ainsi comme une technologie susceptible de produire une véritable accélération du progrès humain.

Mais cette révolution technologique suscite des inquiétudes. L’IA pourrait transformer profondément le monde du travail en remettant en question une partie des emplois [4]. Elle peut donner l’illusion de maîtriser des connaissances que nous ne possédons pas réellement. Certaines recherches soulignent ainsi que l’utilisation de l’IA diminue la capacité de mémorisation et de maîtrise des sujets, tandis que l’abondance de contenus générés automatiquement peut augmenter la charge mentale plutôt que libérer du temps [5]. À force de déléguer certaines tâches à des machines, ne risquons-nous pas de gagner en efficacité tout en perdant une partie de notre autonomie, de notre esprit critique et de notre capacité à réfléchir par nous-mêmes ?

L’IA est également devenue un enjeu majeur de puissance et de souveraineté numérique. Les États-Unis, la Chine, l’Union européenne et d’autres puissances investissent massivement afin de disposer des réseaux de communication, des centres de données, des supercalculateurs et des talents nécessaires à son développement. Le secteur est d’ailleurs très gourmand en ressources (électricité, eau, métaux rares) [6]. Cette compétition comporte aussi une dimension militaire. L’IA peut être utilisée pour le renseignement, la surveillance ou encore le développement d’armes autonomes [7]. Mais jusqu’où peut-on déléguer à une machine des décisions qui peuvent avoir des conséquences humaines irréversibles ?

À ces dangers s’ajoutent ceux qui touchent directement nos sociétés. Les contenus générés par l’IA peuvent faciliter la désinformation et l’ingérence dans les processus électoraux [8]. Les algorithmes peuvent également influencer notre manière de penser, de nous informer et de percevoir le monde. Certains chercheurs alertent ainsi sur une possible érosion de notre liberté de jugement et sur une forme de dépendance à ces outils [9]. Comment profiter de ses capacités sans laisser la technologie déterminer progressivement nos comportements, nos choix et notre rapport au monde ?

Face à ces enjeux, la communauté internationale se trouve confrontée à un dilemme. Faut-il accélérer le développement de l’IA pour ne pas prendre de retard dans la compétition technologique, ou imposer des garde-fous afin de garantir la sécurité et la protection de l’être humain ? Une régulation internationale apparaît de plus en plus nécessaire, mais elle se heurte aux intérêts des États et des entreprises. Certains plaident pour des règles contraignantes et une instance internationale capable de contrôler les développements les plus dangereux ; d’autres craignent qu’une réglementation excessive ne freine l’innovation et la compétitivité [10].


[1] Sur le sujet : Elodie Lavigne, « IA : un outil puissant au service de la santé », HUG, 2022 [en ligne], URL : https://pulsations.hug.ch/article/ia-un-outil-puissant-au-service-de-la-sante#gsc.tab=0.

[2] Sur le sujet : Anne-Muriel Brouet, « Quand le véhicule autonome possédera l’intelligence sociale », EPFL, 2026 [en ligne], URL : https://actu.epfl.ch/news/quand-le-vehicule-autonome-possedera-l-intelligenc/.

[3] Sur le sujet : Matthew Finio et Amanda Downie, « Comment l’IA est-elle utilisée dans l’industrie manufacturière?», IBM [en ligne], URL : https://www.ibm.com/fr-fr/think/topics/ai-in-manufacturing.

[4] [s.n.], « En Suisse, l’intelligence artificielle impacte plus d’un emploi sur quatre », Le Temps, 16 juin 2026.

[5] Antoine Michel, « « Les entreprises déploient massivement l’IA, mais n’observent pas les gains de performance attendus », RTS, 2 juillet 2026 [en ligne], URL : https://www.rts.ch/info/sciences-tech/2026/article/l-ia-au-travail-pourquoi-les-gains-de-performance-decoivent-292923 76.html.

[6] « IA, la grande bataille », RTS Géopolitis, 2 mars 2025.

[7] Idem.

[8] Idem.

[9] « IA, chatbots, les nouveaux envahisseurs ? », RTS Géopolitis, 22 mars 2026.

[10] Pierrik Jordan, « « Le problème avec l’IA, c’est que les gens n’ont pas vu le champignon atomique ! » », RTS [en ligne], 15 juillet 2026, URL : https://www.rts.ch/info/sciences-tech/2026/article/regulation-de-l-ia-le-probleme-c-est-que-les-gens-n-ont-pas-vu-le-c hampignon-atomique-29302836.html.

II. Lutte contre le narcotrafic : coopération judiciaire ou recours à la force ?

Le commerce mondial de la drogue n’a jamais été aussi florissant. En 2023, quelque 316 millions de personnes âgées de 15 à 64 ans ont consommé une substance illicite, soit 6 % de cette classe d’âge contre 5,2 % dix ans plus tôt. La production de cocaïne a atteint 3’708 tonnes, en hausse de près de 34 % en une année [1]. Ces volumes ne se traduisent pas seulement par une hausse du nombre de consommateurs, ils financent des groupes armés, achètent des fonctionnaires et parfois remplacent l’autorité publique dans certaines régions. L’Équateur, longtemps considéré comme un îlot de stabilité, a vu ses homicides exploser à mesure que les réseaux s’emparaient de ses ports. L’Europe n’est pas épargnée. L’essentiel de la cocaïne y entre en conteneurs par les grands ports maritimes, où le trafic nourrit également la corruption et la violence [2].

La communauté internationale n’a pourtant pas attendu pour réagir. Trois conventions successives classent les substances, en réservent l’usage à des fins médicales et engagent les États à réprimer le trafic et le blanchiment [3]. La Convention de Palerme a élargi ce dispositif en 2000 à l’ensemble du crime organisé, en détaillant les obligations d’entraide judiciaire et d’extradition [4]. Mais ce cadre se heurte à une limite qui n’a rien d’accidentel : la souveraineté.

Un magistrat ne peut en principe exercer directement ses pouvoirs sur le territoire d’un autre État et doit adresser une demande d’entraide que l’État sollicité peut rejeter. Certains refus sont légitimes, lorsque la peine de mort ou l’équité du procès sont en jeu, d’autres s’expliquent moins bien, quand les réseaux visés entretiennent des liens avec ceux-là mêmes qui devraient les poursuivre. Et lorsque la coopération fonctionne, elle avance lentement. Une commission rogatoire internationale peut prendre des mois, quand une cargaison peut être déplacée en quelques heures.

Le régime lui-même est aujourd’hui contesté. Plusieurs États ont légalisé ou réglementé le cannabis, créant des tensions avec les obligations découlant des conventions internationales, tandis que la Bolivie et la Colombie obtenaient un réexamen de la classification de la feuille de coca, finalement maintenue en décembre 2025 dans la catégorie la plus restrictive des conventions [5]. Les politiques antidrogue relèvent ainsi d’arbitrages politiques plus que de constats scientifiques, ce qu’a confirmé l’alternance colombienne de 2026, le nouveau président ayant rompu avec la ligne de son prédécesseur pour privilégier la réponse militaire [6].

Depuis 2025, les États-Unis frappent militairement des embarcations soupçonnées de transporter de la drogue dans les Caraïbes et le Pacifique. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a jugé ces opérations dépourvues de fondement en droit international et réclamé des enquêtes indépendantes [7]. Washington invoque la légitime défense contre des cartels désignés comme organisations terroristes, qualification largement contestée par les spécialistes du droit international. L’escalade a débouché en janvier 2026 sur une intervention au Venezuela et sur la capture de son dirigeant Nicolás Maduro.

Deux logiques s’opposent donc. L’une mise sur la coopération judiciaire, au prix d’une lenteur que les trafiquants exploitent. L’autre privilégie l’action directe, plus rapide, mais susceptible d’affaiblir les règles protégeant tous les États et interroge l’interdiction du recours à la force inscrite dans la Charte [8]. Faut-il rendre l’entraide judiciaire contraignante, quitte à entamer la souveraineté ? Comment poursuivre des réseaux protégés par les autorités censées les combattre ? Les conventions de 1961, 1971 et 1988 sont-elles encore adaptées ? Et l’Assemblée générale dispose-t-elle des moyens de dégager une réponse commune à un phénomène qui prospère précisément sur les frontières et les limites de la coopération entre États ?


[1] ONUDC, Rapport mondial sur les drogues 2025, Vienne, juin 2025 [en ligne], URL : https://www.unodc.org/unodc/en/data-and-analysis/world-drug-report-2025.html.

[2] Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA), « Cocaïne : la situation actuelle en Europe », Rapport européen sur les drogues 2025, 5 juin 2025 [en ligne], URL : https://www.euda.europa.eu/publications/european-drug-report/2025/cocaine_fr.

[3] Convention unique sur les stupéfiants (1961), Convention sur les substances psychotropes (1971) et Convention contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes (1988).

[4] Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée, Palerme, 2000, art. 16 et 18.

[5] GREA, « L’OMS rejette la déclassification de la feuille de coca », 8 décembre 2025 [en ligne], URL : https://grea.ch/.

[6] Pierrik Jordan, « Colombie : Abelardo de la Espriella, d’extrême droite, investi président », RTS, 7 août 2026 [en ligne], URL : https://www.rts.ch/info/monde/2026/article/colombie-abelardo-de-la-espriella-d-extreme-droite-investi-president-2932 2991.html.

[7] Déclaration du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, octobre 2025.

[8] Charte des Nations Unies, 1945 (article 2, al. 3 et 4).

Une fois que vous aurez été en mesure de cerner l’approche préconisée par l’État ou l’ONG que vous représentez, il s’agira de réfléchir aux modalités de sa mise en œuvre dans le cadre d’une enceinte comme l’Assemblée générale des Nations Unies.

Devrim Ay

&

Gilles Luisier

Coorganisateurs du FAP 26-27